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[Archive] Rapport sur certaines techniques de soins ne faisant pas l’objet d’un enseignement organisé au niveau national

En 1984 le Docteur NIBOYET remet son Rapport sur les disciplines non enseignées : Acupuncture, Homéopathie, Médecine Manuelle.

Ce rapport élaboré de 1982 à 1984 à la demande du Ministre de la Santé constitue la première reconnaissance officielle de l’Auriculothérapie, à l’époque insérée dans l’Acupuncture.

ICAMAR exhume de ses archives ce document essentiel et vous propose de découvrir le Chapitre I du rapport, consacré à l'Auriculothérapie.

INTRODUCTION

CHAPITRE I: L'ACUPUNCTURE

SECTION I: GÉNÉRALITÉS

  • Auriculothérapie
  • Ensemble de la Médecine chinoise traditionnelle

Au début de 1982, le Ministre de la Santé, a bien voulu nous confier une mission ainsi définie par Monsieur le Professeur Roux, Directeur Général de la Santé.

Mener une étude sur les techniques de soins ne faisant pas l'objet d'un enseignement organisé au niveau national, pouvant être ainsi définie:

  1. Prendre contact avec les personnes, les organismes et organisations professionnelles ainsi que, en tant que de besoin, les départements ministériels concernés, et me rendre compte de la situation dans les différentes branches étudiées.
  2. Me faire des propositions sur les diverses dispositions réglementaires qu'il conviendrait éventuellement de prendre et m'indiquer les structures et services ministériels à associer.
  3. En qualité d'expert près de l'Organisation Mondiale de la Santé, établir une étude comparative entre les situations observées dans les autres états dans ces différents domaines.

Des techniques de soins ou méthodes thérapeutiques, ne faisant pas l'objet d'un enseignement organisé au niveau national dans les Facultés de Médecine, souvent dites alternatives, naturelles, adjuvantes, douces, complémentaires, parallèles, différentes, empiriques, nouvelles, non officielles, etc. sont cependant largement diffusées et pratiquées couramment en France et à !'Étranger.

Parmi elles, on peut citer !'Acupuncture (et !'Auriculothérapie), la Médecine Manuelle (dite encore Vertébrothérapie, Ostéopathie, Chiropractie, Manipulations, Etiopathie), l'Homéopathie (et ses variantes dites biothérapiques, ainsi Oligothérapie, Organothérapie, etc).

D'autres sont moins répandues telles la Phytothérapie (et l'Aromathérapie, Gemmothérapie ), l'Auriculomédecine, la Sophrologie, la Neuralthérapie, la Mésothérapie, la Naturothérapie.

En négligeant celles qui restent marginales comme la Médecine Antroposophique, la Radiesthésie, le Magnétisme, la Macrobiotique, la Christian Science, etc.

Certaines de ces techniques sont pratiquées par des médecins libéraux et dans quelques rares consultations hospitalières, mais aussi par des non médecins, considérés en France comme des «illégaux» du point de vue juridique. Un certain nombre d'entre elles, lorsqu'elles sont exercées par des médecins, sont prises en charge par la Sécurité Sociale. Selon un sondage S.O.F.R.E.S. de 1978, trente-deux pour cent de tous les malades y avaient recours à cette date, au moins sporadiquement, et cinquante pour cent des Français interrogés, souhaitaient que certaines soient enseignées dans les Facultés de Médecine.

Une enquête récente (Annexe I) effectuée par Indice Opinion pour le Journal « Médecines Douces » 1 met en évidence une augmentation de ces pourcentages. Plus de cinquante pour cent des personnes interrogées les ont ou désireraient les utiliser en cas d'éventuels accidents de santé. Quatre-vingts pour cent désireraient qu'elles se développent et soient pratiquées davantage par les médecins et dans les hôpitaux.

Pour répondre à la demande des malades, un grand nombre de médecins ont dû s'instruire, se former eux -mêmes à ces techniques médicales, puisque ignorées de l'Université.

L'exercice actuel de ces méthodes entraîne un certain nombre de constatations:

  1. Le nombre de médecins pratiquant une ou plusieurs de ces techniques de soins est très important.

    Ainsi près de dix mille médecins exerceraient, au moins occasionnellement, l' Acupuncture 2 (estimations Docteur FRESNET, Docteur LE PRESTRE), plus de trois mille !' Homéopathie ou ses variantes biothérapiques (estimations Docteur BUREAU, Docteur PETIT, Docteur TETAU), près de deux mille la Médecine Manuelle (estimation Docteur MAIGNE) sans compter les adeptes des autres techniques qui sont moins répandues.

    Le nombre évoqué des médecins pratiquant ces disciplines constitue seulement une estimation, car ils ne sont pas enregistrés par le Conseil de l'Ordre n'étant pas considérés comme spécialistes ou compétents. Depuis peu, le Conseil de l'Ordre autorise les médecins qui les pratiquent à indiquer sur leurs plaques et leurs ordonnances, l'orientation Acupuncture ou Homéopathie.

    Il semble paradoxal que plus de dix pour cent de tous les médecins libéraux exerçant en France, pratiquent des thérapeutiques ignorées par les Facultés de Médecine, alors que pour un très petit nombre de Neurochirurgiens, de Neurologues, d' Urologues, etc. il existe des enseignements ou des chaires spécialisées.

  2. La formation des médecins qui pratiquent ces techniques thérapeutiques n'est pas uniforme.

(1) Médecines Douces n' 2, 15 novembre 1981 pages 8 à 10: sondages par Indice Opinion. La Vie Médicale, février 1982, Les Médecines non officielles.

(2) Le Comité Européen de santé, dans son projet de rapport (6 mai 1983) au Conseil de l'Europe, évalue pour la France, à deux mille cent le nombre de Médecins Acupuncteurs à temps plein, et à six mille ceux qui exercent à temps partiel.

Il s'agit certainement de la technique médicale la plus ancienne du monde. Elle remonterait, en Asie, au néolithique puisque l'on a découvert dans des tumulus, des poinçons de pierre utilisés avant la découverte des métaux.

Elle semble avoir été pratiquée sans interruption notable jusqu'à nos jours dans tout !'Extrême-Orient. Connue en Occident, d'abord en France qui est sa seconde patrie, dès le XVIIe siècle, par les rapports des missionnaires jésuites en Chine impériale, elle a été réellement implantée dans notre pays par SOULIÉ DE M0RANT vers 1930. Utilisée par moins de cent médecins avant la Seconde Guerre mondiale, elle a connu ensuite une diffusion explosive. Il y aurait en France actuellement près de dix mille médecins acupuncteurs. Elle est maintenant très répandue en Occident depuis un certain nombre d'années.

L'Acupuncture est une méthode physique qui consiste à exciter par un agent extérieur, des points particuliers, très précis et très localisés de la peau (existant dans tout le règne animal et permettant l'acupuncture vétérinaire) dans un but thérapeutique. Cette excitation pouvant se faire habituellement par des aiguilles mais aussi par la chaleur, la pression et même, de nos jours, par un rayon laser. Ils sont inapparents à la vue et ne pouvaient être à l'origine, distingués du tégument environnant que par une localisation traditionnelle précisée par une plus grande sensibilité de ceux-ci à la pression. Ces points ont une réalité matérielle. On a pu en décrire récemment la texture histologique (SENELAR) et certaines de leurs propriétés physiques.

L'empirisme a permis à l'antiquité de reconnaître l'efficacité de l'Acupuncture sur les processus douloureux et aussi sur un certain nombre de troubles fonctionnels. En l'absence d'autres thérapeutiques plus efficaces, son utilisation a été étendue à un très grand nombre de troubles. Ses indications se sont multipliées au cours des âges, peut-être exagérément.

Les résultats cliniques favorables obtenus, qui se perpétuaient au cours des siècles, et le désir de les étendre, ont amené les anciens asiates à formuler des théories pour les expliquer.

Au début par des théories purement magiques: le «trou» fait par l'aiguille permettait la sortie d'un démon malfaisant, origine de la douleur ou de la maladie (à rapprocher de la Médecine Excrémentielle des anciens Égyptiens pour « dégoûter » le mauvais génie et lui faire évacuer le corps du malade).

Par la suite, des théories plus élaborées mais multiples et contradictoires ont vu le jour au cours des millénaires. Les plus récentes, remontant cependant au Moyen Age chinois, se basent sur ce que l'on appelle encore de nos jours, la « théorie de l'énergie ».

Les points chinois sont réunis, rassemblés le long des lignes distinctes, plus ou moins longitudinales, réparties au nombre de quatorze sur tout le revêtement cutané du corps humain. Ces circuits « immatériels », parfois complétés pour certains par des circuits internes, seraient parcourus par un fluide également immatériel appelé « Tsri », traduit par SOULIÉ DE M0RANT par le terme «énergie».

Tant que la vie subsiste, de la naissance à la mort, cette « énergie » circule le long de ces circuits , en oscillant entre deux alternances appelées le Inn et le Iang. Ce sont les perturbations de cette énergie qui sont à l'origine des maladies. La piqûre de certains points bien définis (en fonction des symptômes), peut les supprimer et entraîner la guérison.

Sur ces données communes, sur ces bases d'autres théories ont été échafaudées. Certaines paraissent à nos yeux raisonnables car parfois vérifiables. D'autres les plus nombreuses, complexes subjectives, parfois ésotériques et mêmes folkloriques. Il n'est pas possible d'en décrire quelques-unes car cela demanderait d'énormes développements et un choix arbitraire.

Les plus anciens documents écrits , rapportant des données empiriques ou des théories, qui nous sont parvenus, n'ont pas de dates certaines. Le plus connu, le Nei-Ting, qui selon la légende remonterait à plusieurs millénaires (alors que les premiers caractères médicaux ne dépassent pas le XIIIe siècle avant J.-C.) semble dater en réalité de deux ou trois cents ans avant J.-C. Il a été suivi d'un nombre considérable d'ouvrages dont une centaine seulement ont été conservés et nous sont parvenus, pour avoir atteint la notoriété.

Ils constituent ce qu'il est convenu d' appeler « la tradition», mais une tradition multiple. Peu de médecins et de chercheurs scientifiques en République Populaire de Chine utilisent encore certaines de ces théories (rapport d ' un récent voyage en Chine de Madame le Docteur MAFFRE et d'autres médecins en mission. Opinion du Docteur BrscHK0 et du Professeur ROCCIA) (Annexes 20 et 21). Cependant, il existe, encore en Chine actuelle, une médecine dite traditionnelle qui utilise les données objectives et vérifiables transmises par les anciens et des théories non vérifiées mais facilitant le choix des points (1).

Par contre la France est le pays du monde où les théories les plus anciennes ont encore le plus d'adeptes malgré l'esprit cartésien attribué aux Français. Les plus proches de nous sont médiévales, sans aucun substratum anatomique ou physiologique, utilisant un vocabulaire parfois ésotérique. Elles sont cependant encore prônées par des écoles d'Acupuncture comme réelles, actuelles et utiles. Et à ce titre largement enseignées et faisant l'objet de diplômes privés.


(1) Voir ci-après le compte rendu de notre mission récente (septembre-octobre 82) en République Populaire de Chine (p. 37)

Les anciens asiatiques ont déterminé un certain nombre de points cutanés à action physiologique (ou thérapeutique), disséminés pratiquement sur tout l'ensemble du corps. Il semble cependant que ce soit sur le pavillon de l' oreille qu'ils en aient le moins découvert. Ils n'en connaissaient et n'utilisaient (comme encore récemment les Chinois) qu'un très petit nombre qui n'étaient pas réunis en un ou des ensembles cohérents.

C'est le Docteur Paul NoGIER de Lyon, qui le premier au monde a découvert une donnée nouvelle concernant l' Acupuncture des points de l'oreille que des millénaires de pratique ininterrompue n'avaient pas pu mettre en évidence. Celle-ci appelée par son créateur « Auriculothérapie » est un apport important d ' efficacité et de simplicité. Elle démontre et confirme qu'il n'est pas indispensable de se référer à des théories moyenâgeuses pour la pratiquer.

Son registre est comparable à celui de !'Acupuncture classique (appelée parfois « corporelle» pour éviter des confusions). Cependant par son extension, elle permettrait aussi d 'établir des diagnostics. Il s'agit alors de « l' Auriculomédecine » que nous ne ferons que citer car elle est encore en cours d'expérimentation.

L'intérêt, l'action clinique, les bases, les problèmes de son exercice sont les mêmes ou très voisins de ceux de l' Acupuncture, ils sont envisagés ensembles. Rappelons seulement ici son origine et ses caractéristiques.

Par intuition, expérimentation, pratique de la Médecine Manuelle, le Docteur Paul NoGIER a constaté, pour la première fois en 1952, qu'en piquant avec une aiguille un point précis du pavillon de l'oreille (au voisinage de la base de la fossette naviculaire) on soulageait, souvent sur le champ, un lumbago dont l'origine siégeait sur ou au voisinage de la cinquième vertèbre lombaire. Il supputa que ce point devait correspondre dans Je corps à cette zone.

Poursuivant ses recherches et expérimentations, il constata que d'autres points précis du pavillon semblaient correspondre à d 'autres parties bien définies du corps. Il a pu aussi constater qu'en provoquant une « douleur » (ainsi en fixant durement une pince sur le médius), on provoquait la naissance d'une très petite zone douloureuse à la pression, qui n'existait pas auparavant, en un point précis de l'oreille et que son excitation par une aiguille soulageait la douleur provoquée.

Cette technique, et d'autres procédés, ont permis de dresser une véritable cartographie du pavillon que l'on peut comparer, de très loin, avec les aires et zones cérébrales. On obtient -ainsi l'image de la projection somatotopique du corps humain sur l' oreille qui ressemble à celle d'un fœtus renversé.

Actuellement, des cartes · très précises et complètes, reprises et contrôlées en France et en Chine, permettent dans certaines circonstances, par excitation des points correspondants, des résultats intéressants.

Cette technique d'une remarquable simplicité et efficacité qui pourrait être une aide considérable, non seulement pour les acupuncteurs mais aussi pour tous les médecins généralistes, en particulier dans le traitement des algies, a été longue à se répandre en France, puis en Europe, où elle est cependant maintenant très largement diffusée. Par contre, c'est en République Populaire de Chine qu'elle a connu son premier essor. Elle y a été connue par l'intermédiaire de Japonais traduisant des articles de revues médicales allemandes traitant de l' Auriculothérapie. Elle connait actuellement en Chine une diffusion explosive. On trouve partout des oreilles en matière plastique portant la trace des points et permettant même aux médecins aux pieds nus, de pratiquer cette méthode. Déjà lors d'un voyage en 1972, on nous disait à Shanghai: « Tous les jours des milliers de praticiens pratiquent l'Auriculothérapie sur leurs concitoyens, pour le plus grand bien de la santé publique ».

L'Acupuncture n'est pas, et n'a jamais été, toute la médecine chinoise, mais seulement un de ses éléments. Elle comprend en outre et essentiellement la Phytothérapie, la Médecine Manuelle et les Massages.

La Phytothérapie, si elle n'est pas fondamentalement différente de la nôtre, en est cependant très éloignée. Par le nombre de plantes connues dont la plupart ne sont pas utilisées en Occident et par sa diffusion beaucoup plus importante (des hôpitaux de grandes villes préparent tous les jours plusieurs milliers d'ordonnances de phytothérapie). Actuellement, elle fait l'objet d'importantes recherches en Chine sur le plan clinique et sur le plan pharmaceutique (extraction et qualification). On peut espérer des progrès très importants dont la médecine occidentale pourrait bénéficier dans l'avenir. Nous ne ferons que la citer car elle n'est encore pratiquement ni connue ni employée en Europe.

La Médecine Manuelle chinoise, similaire mais souvent différente dans ses techniques de l'occidentale, est pratiquée encore maintenant en République Populaire de Chine, principalement par les acupuncteurs d'une manière habituelle et routinière. En réalité, en Chine, elle fait partie de l' Acupuncture. En France, elle est comprise dans de nombreux programmes d'enseignement de !'Acupuncture. Nous en renvoyons la description et l'examen au chapitre consacré à la « Médecine Manuelle ».

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